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Capitaux privés dans le secteur libéral : Attention aux dérives mercantilistes

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Les autorités marocaines envisagent sérieusement de permettre à des non-médecins d’investir dans le secteur libéral (cliniques et autres). L’indépendance et la qualité des actes sont-elles menacées ?

Tout cela pour dire qu’aujourd’hui peut-être pas encore, mais que demain certainement, le capital des cabinets médicaux, des centres de radiologie, des cabinets dentaires, des pharmacies pourrait être accessible aux investisseurs non médecins. Certains d’entre eux ont déjà commencé à tâter le terrain.

Comment est perçue cette éventualité par le corps médical ? Les réactions sont divergentes. Ils y a ceux qui sont pour, mais à certaines conditions, à savoir que les investisseurs ne pourront être associés qu’à l’aspect financier de la clinique.

Et puis il y a les autres, ceux qui expriment des craintes, surtout qu’ils se retrouveront face à des groupes dominants, au poids démesuré, comme c’est le cas dans l’immobilier, les assurances, les banques et autres. Parmi ces craintes, nous noterons celles relatives aux ressources de l’Assurance maladie obligatoire qui risquent d’être détournées au profit de ces investisseurs extérieurs.

Par ailleurs, et selon ceux qui craignent des dérives, il y a le risque de voir ces investisseurs intervenir dans l’organisation et la dispensation des soins, mettant à mal l’indépendance des professionnels de santé.
Face aux réactions des uns et des autres, nous ne pouvons qu’attendre pour voir quelle sera la position de l’Ordre national des médecins, celle du collège des médecins du secteur libéral, celle des cliniques privées et des autres syndicats… Il est évident que se sont-là des éléments qui se situent dans un contexte marqué par des suppositions, des avis informels, mais, comme dit un vieil adage, «il n’y a pas de fumée sans feu».
Aussi, nous sommes en droit de poser la question de savoir si l’entrée des investisseurs dans les capitaux des cliniques privées est inéluctable.

Au sujet des craintes formulées par certains médecins, s’agit-il d’une réaction de peur injustifiée, ou y a-t-il un réel danger ? Mais au-delà de tous ces aspects qui ont leur importance, il faut à notre humble avis être très optimiste et s’inscrire dans une approche novatrice qui privilégie une médecine moderne, une médecine de qualité fondée non sur le statut mais sur l’observation des bonnes pratiques et le respect des protocoles.

Avec des patients de plus en plus avertis et sensibilisés à ces questions, il est absurde de penser qu’on peut gagner de l’argent avec de la médecine low cost ou low quality. L’argument le plus sérieux concerne l’éventualité d’une sélection des malades.

En d’autres termes, «si nous investissons de l’argent, nous sommes en droit de faire des bénéfices», diront les investisseurs. Aussi seront-ils tentés de privilégier une clientèle aisée qui a les moyens de payer des soins de qualité, dans une structure haut standing, avec une technologie performante, un personnel très qualifié.
Ce qui, de facto, va exclure ceux qui n’ont pas les mêmes moyens, et donc nous nous retrouverons devant une médecine à plusieurs vitesses : très bonne pour ceux qui ont les moyens de payer, moyenne pour ceux qui ont une assurance maladie et il restera l’hôpital pour ceux qui n’ont pas de quoi payer. Pour éviter de telles dérives, et afin que la santé ne soit pas assimilée à une marchandise, il faut poser des garde-fous, à travers des cahiers des charges instaurant une obligation de service d’intérêt général. Au fond, peu importe la structure juridique, peu importe la forme de propriété du capital, pourvu que les règles éthiques fondamentales concernant l’accueil des patients et l’accès aux soins soient garanties pour tous.

 

Source : albayane.ma

 

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