En effet, le Conseil d'administration de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) a approuvé à l'unanimité, quelques semaines auparavant, l'extension de l'Assurance maladie obligatoire (AMO) aux soins ambulatoires…
A l'exception des soins dentaires. Les médecins dentistes n'ont pas tardé à manifester leurs mécontentements. Pour Adil Chraâ, président du Conseil national de l'Ordre des médecins dentistes, ces derniers ont été pris au dépourvu par cette décision. «Le Conseil d'Administration nous a pris à cours alors que nous avons prévu de discuter de plusieurs points dont l'extension de l'AMO lors de la cinquième session de l'ANAM (Agence nationale de l'assurance maladie). Certes, nous avons assisté au CA mais uniquement en tant qu'observateur. Ce statut ne nous donne pas une grande marge de manœuvre», affirme t-il.
Certains professionnels du secteur vont encore plus loin. «En écartant les soins dentaires, les responsables ont commis une grave erreur car les ouvriers et la masse salariale d'une manière générale auront du mal à accéder aux soins dentaires. De plus, la décision du Conseil d'administration de la CNSS est en parfaite contradiction avec la politique du ministère de la Santé qui a signé une résolution de l'OMS en 2006 qui donne la priorité aux soins dentaires», affirme Dr Aicha Bernoussi, secrétaire générale du Conseil national de l'Ordre des médecins dentistes. Pourtant, les maladies bucco dentaires ont été qualifiées de problèmes de santé publique majeurs dans un rapport de l'OMS en raison de leur prévalence et de leur incidence élevées dans toutes les régions du monde.
Le traitement classique des maladies buccodentaires est coûteux et demeure quasiment inaccessible pour de larges couches sociales à revenu faible alors que ces maladies atteignent principalement les populations défavorisées.
Au Maroc, la situation n'est pas bien meilleure. Les responsables ont-ils pris en considération tous les facteurs socio-économiques?
Il faut noter que la décision du Conseil d'administration de la CNSS a été prise suite à la réalisation de plusieurs études. Les soins dentaires pourraient être pris en charge à partir de 2012 si une étude qui sera menée à cette fin le recommande. Pour les médecins dentistes, l'importance de la prise en charge des soins dentaires n'est pas à démontrer.
Relation établie
En effet, la relation entre la santé buccodentaire et la santé générale a été établie scientifiquement. Des recherches ont démontré que des formes sévères de maladies parodontales sont associées au diabète. Aussi, de nombreuses affections générales peuvent avoir des manifestations buccodentaires qui accroissent le risque de maladies buccodentaires, lesquelles à leur tour, représentent un facteur de risque pour un certain nombre d'affections générales. «Il existe de nombreuses maladies qui peuvent être détectées par le médecin dentistes notamment l'hépatite virale. Le rôle de la médecine dentaire est très important pour tous les citoyens», explique Dr Aicha Bernoussi. Et d'ajouter : «Nous avons demandé des explications mais malheureusement, les responsables n'ont pas fourni de détails sur les raisons de ce délaissement. Pis encore, ils nous ont demandé de produire une étude attestant l'importance des soins dentaires ce qui constitue à mon sens une aberration».
Pour de nombreux médecins dentistes, la décision d'écarter les soins dentaires est de nature à favoriser la prolifération des charlatans. Cela, bien évidemment, met en danger la santé des Marocains dont les moyens financiers sont limités. Car il est connu que la réalisation de tout acte nécessite le respect d'un certain nombre de règles. Les conditions d'installation, la connaissance du matériel et des instruments ainsi que leur utilisation rationnelle sont des éléments qui déterminent une bonne pratique opératoire. Ces notions sont totalement méconnues des charlatans. Et Leurs actes ne sont guidés que par un «certain savoir» acquis sur le tas à travers une pratique empirique. Le hic, c'est que la manipulation du sang, sans aucun respect des normes d'hygiène, comporte des risques d'infections graves (hépatite virale, sida, tétanos…). En tout cas, l'ordre des médecins dentistes a déjà adressé un courrier aux parties concernées notamment le ministère de la Santé pour revoir la décision de la CNSS, et couvrir les soins dentaires.
«Le Conseil national de l'Ordre des médecins dentistes n'a pas encore pris une décision finale. Mais si les responsables ne prennent pas en considération nos observations, nous allons nous déconventionner de l'AMO», déclare Aicha Bernoussi. Aujourd'hui, les médecins dentistes semblent militer également pour conférer à la médecine dentaire sa place dans le système de la santé au Maroc. «Malheureusement, les soins dentaires sont toujours considérés comme un luxe alors que c'est plutôt un droit pour nos concitoyens notamment ceux dont les moyens sont limités. C'est pour cette raison que nous avons justement proposé aux responsables de l'AMO de couvrir les soins dentaires de première nécessité. On espère bien que notre proposition sera prise en considération. Enfin, nous demandons que les clauses de la convention que nous avons signée à Agadir en 2005 soient respectées», conclut Adil Chraâ.
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Un long processus
La CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc) avait émis au départ des réserves concernant l'extension des soins couverts par l'AMO. Il a été décidé par la suite de mener une étude approfondie pour examiner la possibilité de cette extension. Les résultats de cette étude, menée par la CNSS en concertation avec l'ANAM, ont été soumis au Conseil d'administration de la CNSS qui a tenu plusieurs réunions pour discuter du sujet. Et c'est finalement lors de la réunion du CA du lundi 16 mars dernier qu'une décision unanime a été prise par les membres du conseil. Pour rappel, l'extension de l'AMO aux soins ambulatoires avait été recommandée par la commission sociale lors du dernier round du dialogue social.
Source : lematin.ma
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